L’IA rĂ©volutionne l’imagerie satellite mais n’est pas une baguette magique

Une course technologique pour la planĂšte

À Tysons, Virginie, Planet Labs, l’entreprise pionniĂšre de l’imagerie quotidienne de la Terre grĂące Ă  sa constellation de petits satellites, exploite agressivement l’intelligence artificielle (IA) pour transformer ses innombrables images en informations exploitables. Cependant, un cadre supĂ©rieur met en garde contre l’engouement excessif pour l’IA, soulignant que les solutions substantielles vont bien au-delĂ  des dĂ©monstrations tape-Ă -l’Ɠil.

« Nous avons Ă©voluĂ© dans notre façon de penser, » dĂ©clare Troy Toman, vice-prĂ©sident principal de l’ingĂ©nierie des produits et des logiciels chez Planet. Ses propos ont Ă©tĂ© tenus lors d’un Ă©vĂ©nement le 12 juin prĂšs de Washington, D.C., destinĂ© aux clients gouvernementaux amĂ©ricains.

Si capturer des images de l’ensemble de la planĂšte toutes les 24 heures est indĂ©niablement impressionnant, Planet a compris depuis longtemps que ses clients ne veulent pas simplement des photos, mais plutĂŽt des renseignements exploitables et des insights ciblĂ©s pour rĂ©soudre des problĂšmes spĂ©cifiques.

De la photographie Ă  l’intelligence

En 2017, Planet a commencĂ© Ă  investir dans des projets de machine learning pour dĂ©velopper des solutions comme la dĂ©tection de navires et la protection des routes et des bĂątiments. Selon Toman, « nous pensions que ces solutions allaient immĂ©diatement fournir des insights et des rĂ©ponses Ă  tout ce que les gens voulaient savoir. » Cependant, la rĂ©alitĂ© a vite montrĂ© que, bien que puissantes, ces technologies nĂ©cessitent d’autres Ă©lĂ©ments complĂ©mentaires comme une expertise de domaine profonde et une connaissance situationnelle spĂ©cifique Ă  une rĂ©gion ou Ă  un problĂšme donnĂ©.

Aujourd’hui, avec les outils d’IA, « vous pouvez rĂ©aliser des cas d’utilisation trĂšs puissants en quelques secondes, » dit-il. « Mais pour aller au-delĂ  du simple effet ‘wow’, et fournir ce dont les gens ont besoin au quotidien, il faut beaucoup plus d’expertise et de savoir-faire. »

En avril dernier, Planet a lancĂ© une « plateforme d’insights » qui intĂšgre des donnĂ©es provenant de sa grande constellation de satellites et d’autres sources, en utilisant des outils d’IA pour analyser ces donnĂ©es et produire des insights.

Des quantités de données vertigineuses

Toman supervise une Ă©quipe de plus de 300 ingĂ©nieurs logiciels et scientifiques. L’entreprise tĂ©lĂ©charge 30 tĂ©raoctets de donnĂ©es de ses satellites chaque jour. « Nous avons probablement environ 80 000 serveurs qui travaillent en permanence, » dit-il. « L’Ăšre numĂ©rique nous a donnĂ© beaucoup de donnĂ©es, mais c’est une Ă©pĂ©e Ă  double tranchant. Elle permet de voir plus, mais c’est aussi beaucoup plus de donnĂ©es Ă  traiter pour les analystes, crĂ©ant une sorte d’aiguille dans une botte de foin. »

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L’IA permet de rapidement trouver « oĂč se trouvent les donnĂ©es qui vous intĂ©ressent, » explique-t-il. « L’IA nous donne un moyen de prendre toutes ces donnĂ©es et de les transformer en insights plus rapidement. » Cependant, « ce n’est pas magique. »

Un exemple de ce dĂ©fi est le travail de surveillance maritime que Planet rĂ©alise avec SynMax, une entreprise d’analyse de donnĂ©es satellites spĂ©cialisĂ©e dans le suivi mondial des navires maritimes. « Nous prenons leurs donnĂ©es, les cartographions avec nos images pour crĂ©er une histoire du trafic maritime de maniĂšre juridiquement solide, » ce qui signifie qu’elles doivent ĂȘtre prĂ©cises, dit Toman. « Cela demande beaucoup de travail supplĂ©mentaire. Mais sans l’IA, cela ne serait mĂȘme pas possible. »

Inquiétudes militaires face à la Chine

L’imagerie satellite commerciale et les produits dĂ©rivĂ©s de ces donnĂ©es intĂ©ressent de plus en plus l’armĂ©e amĂ©ricaine, selon le gĂ©nĂ©ral de division Gregory Gagnon, chef adjoint des opĂ©rations spatiales pour le renseignement de la Space Force. Lors d’une discussion en tĂȘte-Ă -tĂȘte avec Robert Cardillo, stratĂšge en chef et prĂ©sident du conseil d’administration de Planet Federal, Gagnon a exprimĂ© les prĂ©occupations du Pentagone face au dĂ©ploiement rapide de satellites de tĂ©lĂ©dĂ©tection par la Chine.

« Contrairement Ă  nos systĂšmes de tĂ©lĂ©dĂ©tection conçus pour partager la lumiĂšre du soleil, leur tĂ©lĂ©dĂ©tection est conçue pour Ă©roder la vie privĂ©e et la libertĂ© afin de surveiller, suivre et engager un adversaire Ă  des distances de plus en plus longues, pour atteindre leurs objectifs militaires, » a dĂ©clarĂ© Gagnon. Cela pose les bases d’une course entre les États-Unis et la Chine, nĂ©cessitant que la Space Force investisse Ă  la fois dans ses propres capteurs et dans des services commerciaux. « Nous devons aller vite pour une raison trĂšs importante, car notre adversaire avance trĂšs rapidement. »

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La prochaine phase de l’IA

La prochaine phase de l’IA dans l’observation de la Terre pour Planet sera l’informatique en orbite, selon Roman. L’objectif est de faire tourner les modĂšles d’IA directement sur les satellites, rĂ©duisant ainsi le temps nĂ©cessaire pour des identifications critiques, de quelques heures Ă  quelques secondes. Au lieu de renvoyer des quantitĂ©s de donnĂ©es brutes Ă  traiter au sol, l’IA pourrait en faire l’analyse en temps rĂ©el depuis l’espace.

Plus tard cette annĂ©e, la sociĂ©tĂ© prĂ©voit de lancer un de ses nouveaux satellites Pelican-2 Ă  haute rĂ©solution avec la plateforme d’IA en pĂ©riphĂ©rie Jetson de Nvidia Ă  bord. Cela ferait de Planet l’une des premiĂšres entreprises Ă  qualifier et Ă  faire voler des puces d’IA de Nvidia sur un satellite d’observation de la Terre.

« Nous mettons continuellement Ă  jour nos designs de satellites, » dit-il. L’accent mis sur des insights exploitables s’aligne avec la poussĂ©e de Planet vers la rentabilitĂ©. Selon ses derniers rĂ©sultats financiers, la sociĂ©tĂ© a enregistrĂ© une croissance principalement alimentĂ©e par le secteur gouvernemental, en particulier les agences de dĂ©fense et de renseignement.

Dave Gauthier, directeur de la stratĂ©gie chez GXO Inc. et ancien haut fonctionnaire de la National Geospatial-Intelligence Agency, suit la trajectoire de Planet depuis ses dĂ©buts. Il voit l’actuelle orientation vers l’analyse par IA comme un changement notable dans le positionnement de l’entreprise.

« Il est intĂ©ressant d’entendre le langage utilisĂ© pour commercialiser leur capacitĂ©, » a dĂ©clarĂ© Gauthier lors d’une discussion en panel Ă  la confĂ©rence. « Au dĂ©but, nous entendions ‘scanner la Terre tous les jours’. Ensuite, nous avons entendu parler des variables planĂ©taires, mesurer des Ă©lĂ©ments de la Terre et obtenir des donnĂ©es. Et aujourd’hui, il s’agit d’insights. »

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En guise de conclusion : l’avenir de l’observation terrestre

L’IA est effectivement un outil rĂ©volutionnaire pour l’imagerie satellite, mais elle n’est pas une baguette magique. Les technologies doivent s’accompagner d’une expertise approfondie et d’une comprĂ©hension spĂ©cifique des problĂšmes pour dĂ©livrer des solutions exploitables. Planet Labs montre que l’avenir de l’observation de la Terre passe par une combinaison d’innovations technologiques et d’applications pratiques. En continuant Ă  Ă©voluer et Ă  s’adapter, la sociĂ©tĂ© ouvre la voie Ă  des insights plus prĂ©cis et plus rapides, qui transformeront notre comprĂ©hension et notre gestion de la planĂšte.

Que ce soit pour la surveillance maritime, l’agriculture ou les prĂ©occupations militaires, l’IA offre des possibilitĂ©s Ă©normes, mais elle exige une mise en Ɠuvre soigneuse et une expertise humaine pour atteindre son plein potentiel.

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