Les centres de données des géants de la tech : un coût environnemental colossal

Quand on pense à l’industrie technologique, ce sont souvent les applications et navigateurs internet qui viennent à l’esprit, des éléments intangibles du quotidien. Pourtant, derrière cette façade numérique se cache une infrastructure gigantesque et énergivore : les centres de données. Ces structures, souvent installées dans des parcs d’affaires ou en périphérie urbaine, consomment des quantités d’énergie phénoménales. Paradoxalement, malgré leur nom évocateur de légèreté, le « nuage » utilise plus d’énergie que les vols commerciaux. Par exemple, les 5 milliards de vues du tube « Despacito » en 2018 ont consommé autant d’énergie que le chauffage annuel de 40 000 foyers américains.

La face cachée de l’industrie technologique

Les avancées technologiques ont permis d’atteindre des objectifs ambitieux en matière de réduction des émissions de carbone. Nous avons aujourd’hui des compteurs intelligents et des panneaux solaires efficaces. Cependant, l’empreinte écologique de ce secteur reste un point critique souvent ignoré. Les modèles de langage comme ChatGPT figurent parmi les technologies les plus gourmandes en énergie. Par exemple, la formation de ChatGPT-3 chez Microsoft aurait consommé environ 700 000 litres d’eau pour refroidir les machines nécessaires. Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres qui montre que la glorification de la bulle technologique obscurcit souvent ses aspects moins reluisants tels que l’évasion fiscale, la violation de la vie privée et l’exploitation de notre attention.

Les géants de la tech et leur empreinte énergétique

Les projets ambitieux des géants comme Google et Meta (anciennement Facebook) pour leurs centres de données soulèvent des inquiétudes. Par exemple, le nouveau AI Research SuperCluster (RSC) de Meta pourrait significativement augmenter la consommation d’énergie. Alors que ces entreprises cherchent à réduire leur dépendance aux combustibles fossiles, elles pourraient choisir des régions où l’électricité est moins chère, comme le sud des États-Unis, aggravant ainsi les problèmes de consommation d’eau dans des zones déjà sèches. Avant d’annoncer de grands projets, il serait judicieux que ces entreprises soient transparentes sur l’utilisation des ressources nécessaires.

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L’extraction de minéraux : un casse-tête environnemental et éthique

Les minéraux comme le lithium et le cobalt, souvent associés aux batteries des véhicules, jouent également un rôle crucial dans les batteries des centres de données. L’extraction de ces minéraux nécessite une grande quantité d’eau et peut causer de la pollution, compromettant ainsi la sécurité de l’eau. De plus, cette extraction est souvent liée à des violations des droits humains et à des normes de travail précaires. Ainsi, en cherchant à réduire notre dépendance aux combustibles fossiles, nous risquons de créer d’autres problèmes environnementaux et éthiques.

A lithium mine in the Atacama desert, Chile, in 2022. Photograph: Martin Bernetti/AFP/Getty Images

La compétition pour les ressources énergétiques

Lorsque des ressources énergétiques substantielles sont allouées à des projets technologiques, cela peut entraîner des pénuries d’énergie pour des besoins essentiels, comme l’approvisionnement en électricité résidentielle. Des données récentes du Royaume-Uni montrent que le réseau électrique obsolète du pays freine des projets de logements abordables. La situation pourrait empirer à mesure que les foyers abandonnent les combustibles fossiles pour dépendre davantage de l’électricité. À Bicester, par exemple, les plans de construction de 7 000 nouveaux logements ont été suspendus faute de capacité du réseau électrique.

Vers une politique plus responsable

À une époque où nous attendons des entreprises qu’elles fassent plus que simplement générer des profits, les gouvernements doivent évaluer les organisations qu’ils soutiennent en fonction de leurs impacts concrets sur les populations et la planète. La politique doit soutenir les entreprises qui agissent dans la bonne direction, en exigeant par exemple la transparence sur leurs pratiques environnementales et leurs impacts pour recevoir une aide gouvernementale. De telles mesures pourraient également promouvoir la responsabilité des entreprises dans les chaînes d’approvisionnement mondiales de minéraux, en renforçant le respect des droits humains.

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Une approche globale et systémique

Pour concilier progrès technologique et durabilité environnementale, les décideurs doivent encourager des modèles économiques moins extractifs. Il ne s’agit pas seulement d’adopter une approche fragmentaire, mais de prendre en compte une vue d’ensemble, en permettant aux gouvernements de développer la capacité de planification et de mise en œuvre nécessaire. Cette approche devrait éviter les méthodes verticales dépassées au profit de stratégies flexibles intégrant les connaissances à tous les niveaux, du local au mondial. Seule une perspective holistique permettra de réduire efficacement les impacts environnementaux de l’industrie technologique.

Malgré une vague d’innovation sans précédent depuis les années 1990, nous avons constamment négligé les répercussions de ces avancées sur la crise climatique. Les scientifiques du climat anticipent que le réchauffement global dépassera la cible de 1,5°C, ce qui rend urgent de mieux gérer les grands défis actuels de manière systémique. Il est crucial que la solution à un problème ne vienne pas en aggraver un autre. L’industrie technologique, avec ses immenses centres de données, doit désormais faire face à cette dure réalité et œuvrer pour un avenir plus durable.

Explorons ensemble les défis et les solutions possibles pour un monde où l’innovation technologique respecte et préserve notre planète.

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